Sommaire
Ethique

Motivations des spectateurs de corridas

 

La corrida fait obstacle à l’amélioration du sort de tous les animaux.

Une école de sadisme

Que reprochez-vous à la
corrida ?

Lettre à Alain Rey directeur littéraire des dictionnaires "Le Robert"
Pour une définition plus précise du mot "corrida"

Traduction zéro !
Halte aux manipulations !

Ces condamnés sans langage
(texte de Armand Farrachi)

La corrida, cette fausse
tragédie !
de Henri Callat, professeur de philosophie
Torture tauromachique : quand l'esthétique fonde l'éthique
de Gérard Charollois, Pdt de la CVN

Comme l'a fait Albert Jacquard
Par Denis Boulbès, du CCAC

Morceaux choisis
Par Denis Boulbès, du CCAC

Barbarie et nationalisme
Par Denis Boulbès, du CCAC

La corrida est indéfendable !
Par Olivier Baratchart Directeur des Arènes de Bayonne

Le taureau souffre dans l’arène.
Et la conscience des hommes, quand souffrira-t-elle ?
Gérard CHAROLLOIS: Président de la Convention Vie et Nature pour une Ecologie Radicale

La souffrance n'est pas un spectacle !
Par Morad El Hattab, écrivain, philosophe
ETHIQUE
ET HISTORIQUE

( Alain Camisuli)

« Le jour où les taureaux seront considérés comme faisant partie de l’âpre beauté de leur pays, libres et reconnus, ce jour-là, les matadors déchus apprendront à leur tour que le réel courage et l’unique triomphe de l’homme ne sont nulle autre part ailleurs que dans le respect de la vie ».
Pierre Ferran in « Les bêtes aussi ont le droit de vivre » (Pocket éditions)

Ce spectacle, dont les écrans dispensent des bribes, occultant la cruauté et la violence la plupart du temps, intrigue assurément. Il revêt cet aspect quelque peu sulfureux dont raffolent les sociétés prétendument aseptisées. Il fait appel à ce fonds résiduel de perversion et d’ambiguïté qui sous-tend l’individu.


Ajoutons à cela l’espace virtuel contemporain qui transforme radicalement les rapports sociaux, isolant toujours plus l’individu sous couvert d’une fausse communication.

En ce sens la corrida offre une image diamétralement opposée avec ses promiscuités, sa transgression des codes, cette opportunité de déroger en toute impunité. C’est une débauche garantie, notamment lorsqu’elle se veut au coeur des ferias où l’alcool coule à flots.

Nous poserons tout d’abord que la corrida draine des spectateurs des 2 sexes de tous âges et de toutes conditions. (L’argent n’est pas un critère de sélection. Il y a des corridas à tous prix et parfois à bas prix).
C’est un public qui va de l’adulte initié et inconditionnel (aficionado) à de très jeunes enfants amenés par leurs parents, en passant par des pré-adolescents ou des adolescents, jusqu’aux touristes curieux de savoir ce que peut bien cacher l’enceinte mystérieuse.

Nous distinguerons donc 4 grands groupes de spectateurs des 2 sexes :
1. les "aficionados " (amateurs / inconditionnels de la torture)
2. les curieux (touristes / néophytes)
3. les snobs (personnalités de toutes les sphères de la société)
4. les élus (de tous horizons politiques)

1 - Les "AFICIONADOS"

(Environ 5000 sur tout le territoire selon la presse spécialisée)
Ce sont pour la plupart des individus qui baignent dans le milieu tauromachique depuis leur plus tendre enfance. Vivant en permanence l’immersion ils sont dans l’incapacité de rejeter ce qui les fonde au risque de s’auto-dénigrer. Ils ne peuvent par ailleurs admettre que leurs parents aient failli à ce point et que les pratiques qu’ils leur ont inculquées soient à ce point condamnables.
L’éducation qui fut la leur interdit tout questionnement quant à la place de l’animal. Et les actes qu’ils posent sont donc à leurs yeux forcément légitimes.

2 - Les CURIEUX

Ce sont des spectateurs occasionnels qui se laissent piéger par des publicités tapageuses et mensongères.
Touristes venus des contrées septentrionales pour la plupart, ils seront vite décontenancés quand ils découvriront ce que recouvre la réalité. Ils fuiront alors ces exhibitions mais auront entre-temps apporté leur caution morale et financière à une corrida qui a essentiellement besoin de cet apport pour sa survie. Certes un pourcentage infime constituera cependant une frange susceptible de prendre le relais pour devenir à son tour "aficionada". Le touriste en mal de sensation fréquente les ferias dispensatrices d'émotions bon marché. L'on y confond quantité avec qualité et l'on se fourvoie dans de médiocres festivités stéréotypées. C'est l'acculturation à haute dose avec gavage à la paella et au flamenco.

3 - Les SNOBS

Les grands courants médiatiques façonnent et orientent la pensée en lançant des modes.
Ainsi est-il du dernier chic de se déclarer haut et fort "aficionado" dans toutes les sphères de la société.
Une pseudo-intelligentsia composée pêle-mêle d'artistes (acteurs / chanteurs / peintres etc...), d'enseignants, de journalistes, d'écrivains, de magistrats, d'avocats, de psychologues, psychiatres, de religieux (notamment catholiques : Bruguès, Cadilhac), bref de tout ce qui prétend "penser", avoue pour la corrida comme un penchant.
Ce sont de loin les plus dangereux car ce sont eux qui donnent à la corrida ses lettres de noblesse en peaufinant un argumentaire des plus spécieux pour la justifier. Ils permettent ainsi aux plus incultes des "aficionados" de répéter sempiternellement les mêmes fadaises et de nous rebattre les oreilles de "tradition" d' "art" ou de "culture" au sens ethnographique avec une pointe d'ethnocentrisme. Ils occultent sciemment la violence et la cruauté qui sont l'essence même de la corrida. Ils vont chercher la caution de "grands noms" tels l'Hemingway, le Cocteau, l'Eluard, le Char ou bien encore l'autre Picasso ! Ils parlent sans cesse du Goya qu'ils nous resservent à toutes les sauces comme si être témoin de son temps équivalait à épouser la cause de ce que l'on montre ou de ce que l'on dépeint ! Ils parlent d'une Antiquité qu'ils font remonter jusqu'au préhistorique en tentant d'établir un lien avec le XXI ème siècle et cherchent désespérément le chaînon manquant ! Ils entraînent ainsi dans leur sillage des individus sans grande personnalité qui disent ressentir quelque chose d' "ineffable", d' "indicible", en allant voir ces spectacles de tueries. Ils inventent l'irresponsabilité, en ce sens ils sont les meilleurs vecteurs de la décadence et de l'obscurantisme.

4 - Les ÉLUS

Pour eux, la corrida, comme pour les sobs, c'est aussi appartenir à la sphère médiatique pour se montrer et occuper ainsi le devant de la scène, parce que la corrida c'est avant tout des... électeurs !
Sachant qu'en politique rien n'est jamais gratuit, nous tentons de comprendre les raisons profondes de tels engouements. Et de multiples questions se font jour.

- Pourquoi une proportion d'élus et de notables, locaux et nationaux, sont ils acquis au lobby tauromachique ?
- Quelles sont les véritables raisons qui font que les divers échelons régionaux et départementaux s'impliquent à ce point dans des financements d'écoles de tauromachie, de soutiens aux corridas ?
- Quelles sont les véritables raisons qui font que tout ce qui relève de leur compétence comporte une publicité pour la tauromachie (spectacles, voyages, expositions, films, reportages, publications, publicités etc...) ?
- Comment expliquer la création à l'Assemblée Nationale d'un groupe parlementaire, toutes tendances confondues, pour défendre (réfléchir -sic !-) la corrida ? A ce jour 42 députés (dont 11 anticorrida ont rejoint ce groupe !)!
- Comment interpréter le fait que la corrida soit soudain devenue l'élément à ce point consensuel ?
- Pour quelles raisons font-ils du sponsoring de haut niveau en prélevant une part du budget alimenté par des contribuables cependant très largement hostiles à la corrida ?
- Pour quelles raisons une telle propagande dans les écoles publiques ou privées en invitant très régulièrement les élèves des lycées ou collèges à aller assister à des formes plus autochtones, telles la Camarguaise, qui ne sont autres que des tremplins vers la corrida ?
- Pour quelles raisons ce racolage en milieu scolaire par le truchement des professeurs d'Espagnol ?

En posant les questions, on en déduit facilement les réponses...

CONCLUSION

Nous dirons des motivations des spectateurs adultes et adolescents qu'elles sont de l'ordre de l'inavouable, mais soigneusement occultées par les inconditionnels qui ne souhaitent pas davantage faire à ce sujet un travail d'introspection.

CONCLUSION GENERALE

La place privilégiée qu'occupe aujourd'hui la corrida dans les media tend à déculpabiliser celles et ceux qui vont y assister. Mais nous devons nous interroger sur la réelle demande en matière de violence dans nos sociétés.
La corrida en est une expression, exemple même de la loi du plus fort. Et ces tueurs - "matadors" - dont les media font des héros des temps modernes fascinent des esprits jeunes et vulnérables, encore incapables de discernement.
Ainsi leurs certitudes perdurent-elles jusqu'à ce que l'apprentissage du respect du monde du vivant vienne faire basculer leur édifice et que les nouvelles générations, posant un oeil différent sur cet anachronisme, le condamnent sans appel.

Nous devons donc travailler à livrer une information sérieuse la plus large possible afin de démasquer une imposture.

La tâche est d'autant plus difficile que le lobby tauromachique est puissant et bien organisé ayant le soutien d'une proportion d'élus et de « notables » locaux et nationaux acquis à ce lobby, ainsi de la plupart des médias.

Josyane QUERELLE

 

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La corrida fait obstacle à l’amélioration
du sort de tous les animaux.

Le taureau est un paisible herbivore qui n’attaque jamais l’homme mais fuit devant lui. Il ne devient agressif qu’isolé de ses semblables et enfermé dans une arène où coups et blessures l’incitent à se défendre. La corrida est l’affirmation brutale que l’animal, même domestique, n’a aucun droit et que, contre lui, l’homme peut tout se permettre, y compris de le torturer à mort pour se distraire.
Tant que torturer des bêtes à mort sera un divertissement vanté par les media, il paraîtra encore plus normal de maltraiter des animaux pour des impératifs économiques (élevage intensif) ou pour la recherche médicale.


Un cheval, un bovin souffrent-ils autant que nous ? Réponse : évidemment, oui ! Une simple piqûre d’insecte suffit à les faire bondir. La réaction des bovins au trident, la réaction des chevaux à l’éperon et au fouet révèlent la vive sensibilité de ces animaux à la douleur.
Le sadisme, dans une corrida, ne vise pas seulement les bêtes : les spectateurs exigent des taureaux redoutables, chahutent les toreros prudents, révélant ainsi leur désir inavoué de voir des hommes étripés.
La nature humaine comporte une agressivité qui, si elle n’est pas éduquée, maîtrisée, peut dégénérer en sadisme. Or la corrida ne se contente pas de banaliser la violence, le sang, la torture, le meurtre : elle les glorifie, les élève au rang de la culture et des beaux-arts. Elle exalte, entretient, fortifie le sadisme.

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QUE REPROCHEZ-VOUS A LA CORRIDA ?

Cette question nous fut posée par une élève de 3ème

La corrida est le parangon de la bassesse et de la folie ordinaire dont peuvent faire preuve certains êtres humains.
Elle est cette pratique tribale qui consiste en l'abattage rituel de 6 taureaux à chaque exhibition (payante), abattage assorti de tortures préalables.
Elle bafoue toutes les valeurs fondamentales universelles dont le respect de la vie et le droit à la différence.

Non respect de la Vie :

La corrida consiste à soustraire un être vivant sensible (en l'occurrence le taureau) à son environnement naturel pour le placer dans des conditions artificielles où il ne pourra rien faire d'autre que de subir le bon vouloir de ses tortionnaires.

Le non droit à la différence :

La corrida opère une discrimination spéciste. L'être humain, autoproclamé être "supérieur" se place au sommet d'une hiérarchie anthropocentrique et s'arroge non seulement le droit de vie et de mort sur ses dissemblables mais également sur ses semblables ! (Racisme / Sexisme).

Une incomparable lâcheté :
(Hors arènes)

Le taureau et le cheval (cet autre animal utilisé dans la corrida) sont trafiqués. S'agissant du taureau, il est l'objet de fraudes multiples visant à réduire ses capacités d'autodéfense.
Nous n'en citerons que quelques-unes :
· Transport dans des caissons de contention
· Transport sur des milliers de km (camion / bateau / avion)
· Diète et diète hydrique pendant le transport : (Des taureaux sont arrivés morts de déshydratation (Céret / P.O./ 2001). Ils avaient perdu plus de 50 kgs en cours de transport !)
· Administration de calmants (Rompun) soi-disant pour éviter que l'animal ne se blesse en cours de transport en tentant de se désincarcérer.
· Administration de purgatifs. Visible à l'arrière-train souillé. Provoque l'affaiblissement de l'animal.
· Sciage des cornes : (afeitado)
Opération de mutilation particulièrement douloureuse exécutée à vif sur animal en caisson de contention.
(Sur la demande des toreros qui souhaitent toréer des animaux non dangereux)
Perte de spatialité :
Non utilisation de ces "armes" devenues douloureuses, les extrémités artificiellement refaites à coups de lime éclatant fréquemment lorque l'animal heurte le sol ou la barrière.
· Alimentation : (pienso compuesto) les surfaces d'élevage se raréfient. D'extensif, l'élevage devient intensif. Il faut donc complémenter les rations journalières avec du toutaliment dont les éleveurs eux-mêmes ne savent pas ce qu'il contient !
On obtient des animaux gras et impressionnants par le poids mais sans muscles, qui font peu d'exercice et qui tombent très fréquemment dans l'arène, manquant d'une part d'entraînement et étant d'autre part ankylosés par les transports précédemment décrits.

(Dans les arènes)


Photo Roberto Rinaldo
novillada de Rieumes / sept 2002
· "Combat loyal" : 1 animal seul, inexpérimenté et trafiqué face à 6 hommes entraînés. Etc (liste non exhaustive !)
· Piques invalidantes
· Banderilles chargées de réactiver sans cesse la douleur
· 1 torero tué pour 34 800 taureaux (étude scientifique relevée sur le "Que sais-je ?" n°568 intitulé "la Corrida" par Eric Baratey et Elisabeth Hardouin-Fugier

Exaltation du sadisme et de la violence :

Incitation au voyeurisme et à la perversité

Banalisation de la violence :

Matraquage incessant dans la plupart des media (sauf Science et Nature)

Embrigadement de la jeunesse

Apprentissage de la torture et de la brutalité dans des "écoles" dites "de tauromachie". Il faut en effet savoir qu'avant de se produire dans de grandes arènes, les toreros doivent s'entraîner dès leur plus jeune âge, quasiment tous les jours ! S'entraîner veut dire mettre à mort de jeunes veaux au cours de corridas privées qui sont probablement le paroxysme en matière d'ignominie

Non respect de la loi :
Article 521 -1 du Code Pénal
Sévices graves, actes de cruauté

Alinéa 1 : " Le fait, publiquement ou non, d'exercer des sévices graves ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende. "

Alinéa 7 : " Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu'une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie."

Le 1er alinéa sanctionne durement les actes de cruauté et les sévices graves à animaux.
Mais le 24 avril 1951, le lobby taurin obtient le vote d'un amendement à l'Assemblée Nationale. C'est le fameux alinéa 3, puis 5, puis 7 qui exonère de poursuites les promoteurs de "courses de taureaux" (traduirez : corrida) là où ils peuvent justifier d'une soi-disant "tradition locale ininterrompue"
Ainsi la loi reconnaît-elle implicitement l'aspect barbare de cette pratique mais la tolère, allant à l'encontre du caractère indivisible d'une loi applicable à l'ensemble d'un même territoire.

Non respect de la démocratie :

Plus de 72.2 % de la population française se déclare hostile à la corrida. Y compris dans les zones considérées comme étant "de tradition" (sondage Louis Harris réalisé au mois d'octobre 2007 )

Non respect de la santé publique :


Photo Roberto Rinaldo
novillada de Rieumes / sept 2002
Commercialisation de la viande des taureaux mis à mort au cours des corridas.
Les techniques d'abattage consistant à dilacérer la moelle épinière sont interdites par la Commission Européenne qui préconise l'incinération des carcasses. La France fait une exception en autorisant la commercialisation d'une viande susceptible de transmettre la maladie de Kreudsfeldt-Jakob.

Escroquerie économique :

Les corridas sont quasiment toutes déficitaires sur le territoire français.
Il faut donc les inclure dans de grands espaces festifs que sont les ferias pour réussir à piéger des spectateurs, touristes étrangers pour la plupart.
Ce n'est pas la feria qui a besoin de la corrida mais bel et bien la corrida qui a besoin de la feria. Ces déficits sont comblés grâce à un financement public via les collectivités locales : (municipalités / département / région) ou européen (subventions pour des élevages de vaches allaitantes !)

Escroquerie historique :

Une prétendue filiation avec l'époque préhistorique !
La corrida est une pratique d'abattoir venue d'Espagne à la fin du 17e siècle, tombée en désuétude vers le milieu du 19e siècle et aujourd'hui remise au goût du jour par une mafia qui a réussi à infiltrer tous les rouages de la société (politique / artistique / médiatique / enseignement / magistrature / etc…)

CONCLUSION

La corrida est probablement la pratique barbare la plus indéfendable.
Elle est l'agression codifiée d'un paisible herbivore au nom de l'Art, de la Culture ou de la Tradition !
Elle est l'expression la plus abjecte de la loi du plus fort.
Elle est enfin une immense escroquerie intellectuelle avec son cortège de légitimations tentant de masquer la plus extrême hypocrisie.
Celles et ceux qui en font l'apologie sont à nos yeux les meilleurs vecteurs de la décadence et de l'obscurantisme.
Voilà ce que nous reprochons à la corrida
(Réflexion non-exhaustive)

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Lettre à Alain Rey
directeur littéraire des dictionnaires "Le Robert"
Pour une définition plus précise du mot "corrida"

À M. Alain REY
Directeur littéraire des dictionnaires Le Robert
Chroniqueur à France-Inter
FRANCE-INTER
116, avenue du Président Kennedy
75016 PARIS

Agde, le 12 octobre 2002

Cher Monsieur,

Si nous avons aujourd'hui choisi de nous adresser à vous, c'est tout d'abord pour vous féliciter pour vos chroniques quotidiennes sur les ondes de France-Inter, chroniques non seulement pleines d'un immense savoir mais également d'une vraie sagesse, et en votre qualité de directeur littéraire des dictionnaires Le Robert ensuite.

Si vous le permettez, nous aimerions cependant revenir un instant sur le vibrant hommage que vous rendiez à M. Robert Badinter ce vendredi 11 octobre.
Celui-là même grâce à qui, disiez-vous, la société française s'est débarrassée d'une institution barbare et archaïque : la peine de mort.

L'homme de l'Abolition en quelque sorte. Cette abolition-là nous plaît et nous partageons avec vous l'enthousiasme et l'émotion qui sont les vôtres autour de cette grave question.
Au nom de quelle légitimité peut-on en effet infliger la mort dans une espèce de loi du talion ?

Tout ceci nous menant à d'autres interrogations concernant d'autres pratiques qui perdurent sur notre territoire, notamment celle dont nous voudrions également obtenir à terme l'abolition, nous avons nommé : la corrida.

Cette dernière est à n'en pas douter une pratique tout entière indéfendable, comme a pu si souvent le dire et l'écrire le regretté Théodore Monod.

Et "faute de pouvoir abolir le crime, la violence et la mort, ce qui relève de l'utopie" selon vos propres mots, nous voulons abolir ce qui contribue à l'abaissement d'un peuple.

Vous nous faites donc découvrir les subtilités du beau langage en nous éclairant sur la signification des mots et de leurs tellement multiples origines.

Alors invité de Pierre Bouteiller sur France-Inter le vendredi 12 mars 1999 dans l'émission "Quoi qu'il en soit" vous évoquiez "le snobisme des acquisitions de mots étrangers" et surtout lorsque ces acquisitions sont le résultat d'une méconnaissance de la langue à laquelle on emprunte les termes" ajoutiez-vous.

Corrida : N. f (espagnol : course ? courir / 1. Course de taureaux. Des corridas

Nous en viendrons donc tout naturellement à la définition de la corrida telle que proposée par "Le Robert pour tous" :
Dire d'une corrida qu'elle est une "course de taureaux" ne laisse en rien transparaître qu'il s'agit de l'agression d'un animal par des êtres humains qui lui font subir des sévices graves et des actes de cruauté (au sens de l'alinéa 3 de l'article 521-1 du Code Pénal) avant que de le mettre à mort.
S'agissant d'une indéniable forme de torture, il nous semble plus qu'opportun de mettre en évidence cet aspect essentiel.

Quant aux autres définitions qui font référence à la présence humaine et qui font essentiellement allusion à la soi-disant intelligence et à la soi-disant supériorité de l'espèce humaine sur la force brute du taureau dont il conviendrait de triompher, elles n'en sont guère plus satisfaisantes.
Seules, le cynisme et l'arrogance sont des attitudes qui triomphent dans une confrontation où le jeu consiste à brutaliser un être vivant sensible sans qu'il puisse rien faire d'autre que de subir le bon vouloir de ses tortionnaires.
Sans parler des diverses fraudes et techniques invalidantes pour ce bouc-émissaire qu'est devenu le taureau dans la moitié sud de l'Hexagone.
Qu'il vente un peu trop fort, qu'il pleuve un peu trop d'eau et l'on trucide à tour de bras des "toros" dans des arènes où voyeurisme et sadisme ont soudain pour nom "bienfaisance".
Il y a décidément des définitions qui nous échappent.

Il est par ailleurs un autre aspect, à nos yeux plus grave encore : c'est l'embrigadement de la jeunesse. Dans l'opuscule intitulé "Le festival de la citoyenneté" du 23 avril au 23 mai 2001, vous écriviez en guise de conclusion à propos de l'engagement des jeunes : "il est temps que les engagés ne le soient plus pour l'armée et la guerre, mais bien pour faire avancer une société pacifique et humaine". Sentiment que nous partageons sans restriction.
L'on pourrait ajouter qu'il est temps que les jeunes ne soient plus enrôlés dans des écoles dites de tauromachie où le crime est enseigné comme l'acte héroïque par excellence et ce dès le plus jeune âge, des enfants de 4 ans s'essayant déjà à l'estocade sur des bottes de paille ! en attendant de passer sur du matériel vivant que sont les jeunes veaux. A quand l'apprentissage du crime dès le biberon ?

Mais nous en reviendrons plus précisément à notre requête après ce développement. Certes, si "les dictionnaires ont une fâcheuse tendance à l'embonpoint" comme vous l'écriviez en 94, nous aimerions assez qu'ils n'en devinssent pas pour autant cachectiques !
Ainsi, puissiez-vous, lors d'une prochaine édition, revisiter le terme de corrida afin d'en donner une définition plus proche d'une réalité "sans éliminer d'informations souhaitables" et proclamer, à l'instar du grand juriste du XVIIIème siècle, Cesare Beccaria que Robert Badinter met en exergue de son "Abolition" : "si je prouve que cette peine n'est ni utile ni nécessaire, j'aurai fait triompher la cause de l'Humanité".

Vous réitérant toutes nos félicitations pour l'immense talent avec lequel vous nous faites pénétrer les arcanes de la sémantique, et espérant vivement que ces quelques lignes vous soient bien parvenues, Veuillez agréer, Cher Monsieur Alain Rey, l'expression de nos sentiments les meilleurs.

Pour la FLAC
Josyane QUERELLE - Présidente

 

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TRADUCTION ZERO !
HALTE AUX MANIPULATIONS !

L'on voit aujourd'hui fleurir sous tous les cieux de France et de Navarre des "corridas" pédestres qui ne sont autre que des courses à pied !

Cette erreur volontaire de traduction relève d'une grossière technique subliminale qui consiste à nous gaver de termes tauromachiques que les profanes ingurgitent malgré eux.

Sachez que les coureurs à pied font de la course à pied qui se traduit par "carrera pedestre" dans la langue de Cervantès et non par "corrida" qui reste une "course de taureaux" et une torture à animaux.

Nous vous invitons à réagir autant de fois que vous le pourrez auprès des organisateurs et des journaux qui publient ce genre d'ineptie.

Dictionnaire : (Harrap's Hispano)
Course : (action de courir / compétition) carrera
Course à pied : carrera pedestre
Course de taureaux : corrida

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C'est la Feria de Nîmes ...
Génial ! C'est la feria à Nîmes.
Les taureaux n'ont qu'a bien se tenir. Ils ont autant de chances que les hommes à paillettes de finir sur les étals du boucher.
La preuve : Pourtant ce brave taureau a fini débité en tranches, ses testicules en mets de choix, et ses parties les moins nobles en gardianne ( ragoût de taureau pour les non-initiés). Ce brave homme, lui aura droit à une armée de chirurgiens pour sauver ses testicules et l'honneur des gardians ( ceux qui gardent les taureaux) !
Va comprendre la justice de la corrida. Faut dire que je comprends rien, je suis un imbécile! Je ne suis pas initié !
Bon dans ce monde de finesse, un peu de réflexion me parait être la bienvenue :
Par ARMAND FARRACHI
Ecrivain et essayiste, auteur, entre autres, de :
Les Ennemis de la terre, Exils, Paris, 1999
Les poules préfèrent les cages, Albin Michel, Paris, 2000

"Ces condamnés sans langage
Les sentiments et les affaires n'ont jamais fait bon ménage, mais il semble quand même qu'on ait franchi les limites du supportable. Un producteur fait-il encore la différence entre une créature qui souffre et un objet manufacturé, quand il appelle un veau "le produit de la vache" ? Et alors qu'on entend de plus en plus souvent parler d'"organes vitaux" pour les voitures et de "pièces détachées" pour les corps ?

Il est vrai que partout des hommes, des femmes, des enfants sont victimes de l'injustice, de l'arbitraire, de la misère ou de mauvais traitements, que l'humiliation du prochain est un principe universel, que trop d'innocents croupissent en prison. Mais les souffrances s'additionnent sans s'exclure. "Dans le combat pour la vie, écrit Raoul Vanegeim, tout est prioritaire". Peut-on être heureux quand on sait que d'autres êtres vivants, quels qu'ils soient, gémissent ?

Ceux que la souffrance animale laisse indifférents, fait sourire ou hausser les épaules au nom des "priorités" devraient se demander si leur réaction ne ressemble pas à celle des adeptes de l'inégalité, artisans de l'esclavage jusqu'au début du XIXe siècle, ou des adversaires du vote des femmes voilà à peine plus de cinquante ans. Au Cambodge, au Rwanda, dans les Balkans et ailleurs, n'a-t-on pas fait valoir également une "priorité" entre les plus proches voisins de nationalité, de religion, de "race" ou de sexe pour renvoyer les victimes à l'étrangeté, et si possible à l'animalité, afin de les éliminer plus facilement ?

Notre compassion est-elle si limitée qu'il faille établir des hiérarchies subjectives entre ceux qui méritent d'être sauvés en premier lieu, puis en second, puis plus du tout ? Faudra-t-il attendre qu'il n'y ait plus un seul Européen dans le malheur avant de se soucier des Africains, ou que tous les humains soient comblés pour s'occuper des animaux ? A quel odieux "choix de Sophie" serions-nous alors sans cesse confrontés ?

Claude Lévi-Strauss a écrit : "L'homme occidental ne peut-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt que né pour avoir emprunté à l'amour-propre son principe et sa notion ? (...) L'unique espoir pour chacun d'entre nous de n'être pas traité en bête par ses semblables est que tous ses semblables, lui le premier, s'éprouvent immédiatement comme des êtres souffrants".

Au risque de choquer, demandons-le franchement : pourquoi les hommes auraient-ils le droit de se conduire avec les non-humains comme des barbares avec des innocents, et faudra-t-il toujours être l'inquisiteur, le démon, l'esclavagiste ou l'oppresseur d'un autre ? Quelle vie est a priori méprisable ? Tant que certains se croiront autorisés à maltraiter un être sensible parce qu'il porte des cornes ou des plumes, nul ne sera à l'abri.

La cause des animaux a beaucoup avancé, dans les faits comme dans les mentalités. Rien qu'en France, des dizaines d'associations la défendent, et jamais elle n'a rassemblé dans le monde autant de militants. Quatre-vingt-dix pour cent des Français se déclarent prêts à payer 15 centimes de plus un oeuf de poule libre. Même la législation évolue. Mais peu, et lentement. Et les phénomènes d'extinction massive et d'élevage intensif rattrapent vite les quelques avancées, non pour des motifs sentimentaux ou philosophiques (car l'opinion s'indigne sincèrement des brutalités envers les animaux), mais, encore une fois, pour cette même raison économique, qui s'oppose obstinément à la sensibilité individuelle.

Aux innombrables condamnés sans langage qui espèrent de nous des gestes qui ne viendront pas, nous n'avons à offrir que de bien piètres signes.

On ne s'attend pas à ce que les Français deviennent tous végétariens ni, comme certains le demandent, que les droits humains soient étendus au singe. Mais quelle honte y aurait-il à faire un pas dans le sens de la compassion, à créer par exemple un secrétariat d'Etat à la condition animale comme il y en a un à l'économie solidaire ? La Belgique n'a pas craint de le faire. La Pologne a renoncé au gavage ; la Grande-Bretagne envisage d'interdire la chasse à courre. Malgré sa politique agricole, l'Europe s'est déjà timidement mais réellement penchée sur la question de l'élevage, de la chasse, de l'expérimentation et du bien-être. Tôt ou tard, on s'indignera massivement que des hommes aient pu torturer des animaux, même pour des raisons économiques, comme on s'indigne aujourd'hui des massacres romains, des bûchers, du chevalet et de la roue. N'est-il pas préférable que le plus tôt soit le mieux ?"

 

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La corrida, cette fausse tragédie !
(ou une anthropologie inconsciente)
Henri CALLAT
Responsable MRAP
Professeur de philosophie

"Or être vieux c'est Rome qui
Au lieu des chars et des échasses
Exige non la comédie
Mais que la mise à mort se fasse."

Boris Pasternak

Il paraît que la mise à mort d'un taureau sur le sable ensanglanté d'une arène, au soleil vespéral de quelque Andalousie transposée sous nos latitudes, dans les ors , les chants et les clameurs d'une foule en liesse, relèverait de ces grands moments inscrits dans le tragique de l'Histoire humaine que l'esthétique du spectacle suffirait à légitimer ! " Les belles étrangères qui vont aux corridas ", par l'élégance de leur seule présence, apporteraient ainsi la caution suprême à la sanglante beauté de la fête .

On a même, paraît-il, ouvert des Ecoles pour le démontrer.

Autrement dit, l'arène où agonise un taureau après les longues minutes d'un jeu clownesque de tortures raffinées élevé au rang de tragédie quasi mystique, égalerait l'amphithéâtre de Delphes et de Délos où Andromaque, épouse d'Hector devenue esclave de Pyrrhus, pleure son fils Astyanax menacé par les Grecs d'être précipité du haut des remparts de Troie.

Quelle dérision ! Mieux si l'on peut dire : quelle pitoyable régression intellectuelle, quel réductionnisme psychologique dans l'interprétation et l'expression de la véritable dimension tragique sise au plus profond du cœur humain !

Certes il s'agit bien dans la corrida des souffrances parfois atroces d'un animal. Mais au-delà, bien au-delà, c'est toute une philosophie de la vie, toute une éthique qui se révèlent.

L'aficionado n'est pas un homme tragique, c'est plutôt quelqu'un qui fuit la véritable tragédie humaine, qui l'évite et la nie au lieu de l'affronter dans toute sa complexité, dans toute sa vraie grandeur affective, intellectuelle, métaphysique, morale.

Ce n'est pas l'enthousiaste ferveur du théâtre classique qui l'habite, cette "terreur de l'âme" en proie aux émotions et interrogations les plus profondes, mais plutôt l'hystérie morbide du sacrificateur antique , celle des croix et des bûchers où périrent toutes les victimes émissaires de l'Histoire.

Incapable en effet de se voir tel qu'il est dans sa propre histoire et d'analyser le rôle qu'il y joue ou qu'on l'y fait jouer, tels Œdipe, Andromaque, Iphigénie, Hamlet, le roi Lear, etc…, l'aficionado projette de la manière la plus simpliste qui soit, ses propres malheurs inconscients, son " refoulé " personnel et social, sur un Autre, le COUPABLE (ici un animal) dont la mort le libère, mythiquement, de son identité honteuse. Les dieux et le destin sont revenus pour l'exorciser ainsi à bon compte de sa propre responsabilité.

Processus ultra-classique qu'utilisèrent entre autres les Césars du Bas Empire dans leurs arènes célèbres condamnant " ad bestias " ces "responsables" d'une décadence historique à exorciser par la mort sacrificielle des chrétiens de l'époque. Ainsi comme aujourd'hui, une foule provisoirement domestiquée par beaucoup de jeux et un peu de pain (panem et circenses), supportait-elle moins dangereusement pour le pouvoir, les malheurs du temps.

C'est dans cette anthropologie inconsciente que s'enracine encore aujourd'hui la corrida moderne, écho lointain des meurtres rituels antiques et des arènes de l'Empire.

Contrairement à la tragédie classique dont les jeux sanglants de l'arène ne sont qu'une parodie et dont le déroulement s'identifiait à toutes les dimensions de l'homme, de la condition humaine, et s'ouvrait parfois sur l'espoir d'un autre possible ( " Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi ", Don Rodrigue, dernier vers du Cid), la corrida s'enferme dans la violence indépassable, morbide et désespérée du meurtre !

Ce n'est pas un divertissement gratuit pour dimanches soirs ensoleillés, mais un jeu odieux avec la mort qui vise à en exorciser mythiquement l'horreur dans un monde où plus aucune perspective - historique ou métaphysique - ne s'ouvre au-delà de son horizon désenchanté.
Arène - lieu de culte où de nouveaux fidèles laïcisés viennent quand même célébrer un office funèbre au symbolisme dégradé dans la réalité visible et quasiment palpable de la victime sacrifiée. Il ne s'agit plus ici de l'humaine et pathétique hésitation de Rodrigue : " Faut-il laisser un affront impuni / Faut-il venger le père de Chimène ? ", qui interpelle la foule hystérique des arènes ; c'est plutôt le hurlement du général franquiste Milian devant le vieil Unamuno à l'Université de Salamanque qu'on entend encore résonner ici : " Viva la muerte ! "

C'est dire si notre radicale opposition à la corrida est porteuse de valeurs humaines inestimables : c'est le vieux monde de la violence, de la domination, du machisme, de la fatalité, de la brutalité, de la haine qui se trouve profondément interpellé ; c'est , pour tout dire, l'identité d'un homme encore enlisé dans la barbarie néolithique où le seul idéal était de se "rendre maître et possesseur de la nature" (Descartes) qui se trouve ébranlé dans ses antiques fondements. D'où la violente résistance de nos adversaires que nous combattons et pardonnons à la fois " car ils ne savent ce qu'ils font " ! A leur tristesse résignée, à leur profonde misère morale, nous opposons la joie d'exister de femmes et d'hommes qui pour vivre ensemble dans la fraternité et la paix n'ont plus besoin de tuer ni dans les arènes ni hors de celles-ci !

Henri CALLAT
Responsable MRAP
Professeur de philosophie

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Torture tauromachique :
quand l'esthétique fonde l'éthique
Il advient que les intellectuels, par leurs débats, leurs querelles, et quelquefois leurs pensées, éclairent leur époque, dévoilent les chemins nouveaux, font œuvre de véritables découvreurs de valeurs inédites et de concepts féconds.

Mais en guise de pépites d'intelligence, certains se fourvoient souvent et produisent des réflexions indigentes.

L'école dite "Normale ", de surcroît proclamée " Supérieure " de la rue d'ULM aurait accueilli, le mois passé, un colloque sur la torture tauromachique (ils disent, la corrida).

Observons dès l'abord que lorsque des adeptes de la corrida et de la chasse organisent des congrès, colloques, journées d'études sur ces thèmes, il ne doit surtout pas y avoir de débat pluraliste et contradictoire.

La corrida, la chasse sont des pratiques, pour leurs partisans, incontestables et seuls ceux qui en chantent les louanges sont conviés à bavarder aimablement sur le sujet.

Pas question d'entendre un écologiste éthique, impossible d'affronter une véritable controverse argumentée.

Il faut, y compris à la prétendue école Normale et Supérieure faire de la basse propagande.

Néanmoins, un intervenant à cet élevé et digne colloque universitaire, numéro d'autocongratulations unilatérales, aurait déclamé que "l'esthétique de la corrida en était son fondement éthique".

Cet intervenant ignore sans doute que Walter BENJAMIN, philosophe allemand né en 1872, mort par suicide pour ne pas tomber entre les mains de ses ennemis idéologiques en 1940, avait alerté le monde par cette analyse faite sur place et en situation :
"Les nazis ont inventé l'esthétisation de la politique."

Et ils furent déjà nombreux les écrivains, professeurs, chercheurs des années 1930 à se laisser séduire par cette esthétisation de la politique.

Les chants, hymnes mélodieux, les costumes, les défilés aux flambeaux, les drapeaux, la force collective des foules enthousiastes, la ferveur des masses, la communion quasi-hystérique avec les orateurs flamboyants abolirent tout esprit critique chez nombre " d'intellectuels ", des années 30, comme d'autres succombèrent aux charmes d'un autre totalitarisme pesant dans les années 1950.

A la corrida, le costume de "lumière", les fanfares, la foule colorée, la convocation de la mort au rendez-vous tragique séduisent tout semblablement et par les mêmes mécanismes mentaux nos apprentis philosophes qui imaginent pouvoir justifier la torture d'un être vivant sensible par un esthétisme de pacotille.

L'homme n'apprendrait-il donc rien ?
N'a-t-il pas encore compris que le mépris de la compassion appelle le malheur et l'avilissement ?
Qu'importe le décor lorsque les acteurs jouent le meurtre.

Aucun verbiage fumeux, aucun paravent pseudo-culturel, aucune caution de telle ou telle célébrité futile et mondaine n'ôteront la moindre parcelle de crime à la corrida.

Ce rite sanguinaire déshonore notre époque parce que par-delà la fumée des mots creux, derrière les lumières et le vacarme, par-delà les gesticulations des petits GOEBBELS de la mort spectacle et de la mort loisir, il y a la souffrance infinie d'un être et que cela est radicalement inacceptable.

Le fait que perdurent en nos sociétés, certes à un stade marginal et de scories, la chasse et la corrida, prouve qu'il demeure encore beaucoup à parcourir pour s'imaginer supérieur à une quelconque espèce.

Ces pratiques nient à la fois le caractère d'être sensible de l'animal et la dignité humaine et comme le disait le bon et génial père HUGO : "torturer un taureau, c'est torturer une conscience."

Si, inversant le postulat des fascistes et des tastes mort, nous proclamions que seule une éthique du respect fonde une esthétique de vie ?

Gérard CHAROLLOIS
Président de la CONVENTION VIE ET NATURE POUR UNE ECOLOGIE RADICALE.

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Comme l'a fait Albert Jacquard !

Comme l'a fait Albert Jacquard sur France-Culture, ce 23 novembre, nous manifestons notre écoeurement devant les écoles de matadors, où l'on prépare des jeunes garçons à cette activité en les affublant de l'habit de lumière, que Francis Cabrel appelle "de danseuse ridicule", en les exerçant à torturer et tuer des jeunes taureaux.
Comment ne pas être révolté par cet apprentissage de la pire attitude : faire souffrir un animal avant de lui donner la mort. Volontairement et inutilement.

Mais où peut se situer la bifurcation dans le trajet personnel de chacun pour que les uns se pâment devant un spectacle qui horrifie les autres ?
Sans doute cette bifurcation se situe au plus intime d'eux, car spectateurs sur les gradins, ils s'identifient alternativement soit à l'homme qui domine soit au taureau qui subit. Et leur nombre gomme leur sentiment de plaisir coupable que pourtant, au fond de lui, chacun éprouve.

La mort d'un coup de corne du torero est possible et cette éventualité tient sans doute une grande place dans l'émotion, dans le plaisir du spectateur (comme nous l'a avoué un célèbre amateur carcassonnais). La probabilité certes en est faible mais elle n'est pas nulle. Les spectateurs ne la souhaitent pas, ils n'osent pas l'avouer, mais ils participent à un rite qui délibérément accepte cette issue.
La mort de l'animal, elle, elle est certaine, et dans des conditions indignes pour lui et dégradantes pour les spectateurs. Mais au-delà de l'homme et de l'animal, l'acteur permanent de ces spectacles, c'est la mort. Les contorsions des uns et des autres pour le justifier n'y changeront rien, et jamais n'effaceront la honte qu'ils en ont.

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Morceaux choisis

Communiqué

La corrida, ce qu'Henri de Montherlant, aficionado, par ailleurs pédophile et mort par suicide en 1972, appelait " le plaisir de la cruauté ", ce qu'Ernest Hemingway, aficionado, par ailleurs alcoolique et mort par suicide en 1961, appelait " la lumière de la mort ", et ce que le général Franco, aficionado, appelait " une tradition en réserve spirituelle de l'Occident ", exige de certains, en guise d'auto-disculpation, des contorsions remarquables… La matière abonde, il suffit de puiser chez les taurins, dans leurs articles, leurs sites Internet et leurs courriers. Nous avons les originaux avec toutes les références nécessaires. Par exemple :
" La violence est stoïquement contenue dans l'art tauromachique et ce n'est qu'au prix de cet ennoblissement chevaleresque que la corrida est la violence transcendée qu'armoralise son esthétique tragique […] Elle ne garde que l'exaltation dont elle vibre en s'arrachant par son mouvement même à ses obscures déterminations instinctives. "
Remettez-nous une couche d'obscurité : on craint d'avoir compris les obscures déterminations instinctives.
" Oh ! Combien chéri ce fils [le matador] qui va en quelques instants faire sortir des tonnes et des tonnes d'agressivité enfouie depuis la nuit des temps dans le cœur de tous ceux et celles qui n'ont pu régler au moment voulu leurs problèmes identitaires ! "
" (…) on pourrait imaginer que les toros sont offerts par la Sécurité Sociale (…) "
Par exemple en Espagne, pays où la violence conjugale est la plus élevée d'Europe, et où la violence tout court a été des plus sauvages…

" En fin de compte il existe dans le monde occidental deux types de civilisation : les civilisations du nord pour lesquelles la mort est toujours obscène et doit, par conséquent, être occultée (…) ; et les civilisations du sud, pour lesquelles on ne saurait parvenir à la maturité, à la pleine saveur de la vie, si l'on ne sait pas cohabiter avec la mort et l'inscrire dans les rites les plus quotidiens.(…) "
Abyssal !

Et le grumeau de la bouillie, roulé à la main par un très politiquement correct aficionado local : " Que le toro soufre, soit ! Que le toro meure, soit ! Mais que l'on dénigre ceux qui allant voir ce spectacle ne voient rien de la souffrance du toro et au contraire voit en son combat l'exaltation de son être véritable, non ! "
Qui est-ce qui criait " Viva la muerte " en 1936 devant Miguel de Unamuno, Recteur de l'Université de Salamanque ? Le général fasciste Millàn Astray.

Plus de commentaires seraient offensants et même injurieux pour quiconque a le courage de mettre son intelligence et sa conscience côté cœur et côté vérité, et non pas en justification de ses morbides jouissances sectatrices.

Barbarie et nationalisme

Corrida offerte au troupe d'occupation / Bayonne 1942
Source : Croa 33
Sur France Inter, jeudi 1er juin 2006, à 13 H 30, un chroniqueur taurin déclare "Oui le taureau souffre, oui il meurt dégueulassement" et il justifie la corrida par " l'union d'une terre et d'un peuple " et même plus " un peuple du sud et une culture ".

Une terre (reich) ! Un peuple (volk) ! Il manque quelque chose, non ?

Il n'est pas le premier à justifier la barbarie par le nationalisme, qui n'est qu'un des avatars d'un imaginaire infantile, avec la xénophobie en corollaire. L'Histoire en est riche, hélas, et toujours dans le même sens, ce que tend à induire tout communautarisme (mon quartier ! ma bande !) (Mon ethnie ! ma religion !), et les guerres qui en découlent.

C'est quoi, le sud ? Le sud de qui et de quoi ? Il commence où, le sud ? Rien qu'en Europe, c'est fou le nombre de pays du sud qui n'ont rien à voir avec la corrida. Et sur le reste de la planète, alors ! - qui est presque toute au sud de notre sud, ou dont nous sommes le nord !

Et à part ça ? Est-ce qu'on peut habiter dans le sud de la France sans y être né ? Ou y être né sans accepter la corrida ? Le sud de la France appartiendrait-il à quelqu'un ? Y naître ou y vivre donnerait-il nécessairement le gène du sadisme tauromachique ?

Ces élucubrations ont fait les tristes jours d'idéologies du XIX° et du début du XX° siècle, et ressurgissent ici ou là, toujours avec les résultats désespérants que l'on sait. La corrida en est un des plus pernicieux vecteurs, avec son cortège de " cultures ancestrales ", de "cérémonies rituelles ", de "beauté du combat ", de " préservation de la race ", d'"exaltation par la mort ", de " symbolisme profond " et autres morbides et nocives duperies populistes.

Denis BOULBÈS

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La corrida est indéfendable !
par Olivier Baratchart Directeur des Arènes de Bayonne !!

Floirac
Dimanche 24 Avril 2005-13 heures
Maison des arts et loisirs de la ville.
C’est l’heure de l’apéro qui précède le banquet qui précède l’ « heure barbare ».
Les amateurs de mises à mort se pressent aux marches de ce lieu soudain devenu celui de l’inculture, franchissant notre haie de déshonneur silencieuse.
Lançant au passage quelques remarques acerbes, ils ressassent leurs arguments éculés dans la série qui va du « vous feriez mieux de… » au « taureau-qui-vit-heureux-pendant-4-ans » en passant par les « poules pondeuses », les « élevages en batterie », la guerre en Irak (sic !) et tout le tremblement.
C’est alors qu’Olivier Baratchart, directeur des arènes de Bayonne, s’arrête à notre hauteur et entame un dialogue en affirmant tout de go que « la corrida est indéfendable ! ». Voilà qui est dit ! Puis aussitôt nous questionne : « Mais pourquoi venir dans la rue dire votre opposition ? J’admire votre détermination mais vous êtes 8, toujours les mêmes ! Je vous comprends tout à fait ! Je comprends que vous soyez contre la corrida. Je suis tolérant ».
Nous y voilà ! Il est tolérant, lui !
Nous pouvons mesurer là toute sa grandeur d’âme ! Il poursuit, très en veine de confidence : « j’adore les animaux. J’ai des chiens et des chats. Mais (évidemment il y a un « mais ») le taureau c’est différent. Il a des particularités… ».
Dans un bel ensemble nous l’interrogeons : lesquelles ?
Lui : « Il vit heureux pendant 4 ans (tiens tiens on a déjà entendu ça quelque part !) et il a un moment difficile à passer au moment de mourir. J’avoue que si l’on me proposait de vivre une vie heureuse avec un moment difficile à la fin, je ne serais pas contre !».
Nous lui faisons alors observer qu’il n’y a pas que le ¼ d’heure final qui est difficile, il y a aussi toutes les fraudes avant l’épreuve dans l’arène, l’afeitado, le transport dans des caissons de contention sur des milliers de kilomètres (diète, diète hydrique, déshydratation. Rappel: des taureaux arrivés morts à Céret en 2001. Ils avaient perdu plus de 50 kilos !!) etc… Là, il reconnaît être confronté à une contradiction. Se reprenant, il dit ensuite : « S’il n’y avait plus la mise à mort, je n’irais plus voir de corrida ! ».
Il reconnaît que la corrida est un acte cruel mais il est plongé dedans depuis l’âge de 3 ans ! (C’est évidemment la technique de l’immersion qui consiste à plonger les gamins dans ce milieu morbide et à les défaire progressivement de toute forme d’empathie pour l’animal souffrant qu’est le taureau hérissé de piques, de banderilles et d’épées). Il ajoute :« Il y a de par le monde une quantité phénoménale de détresses autrement plus importantes ! » (Nous ne cessons d’être intrigués par le constat que font les protaurins « du nombre de détresses autrement plus importantes », reconnaissant ainsi qu’il s’agit bien d’une détresse d’une part, et qu’ils sont accros à une chose sans importance d’autre part !).
Au terme de ce fort long entretien (à plusieurs reprises, des collègues sont venus lui rappeler qu’il était l’heure de la bouffe parce qu’après ils allaient être en retard pour la corrida « a las cinco de la tarde » !), il nous dit que nous, les « antis », « nous plaçons les animaux et les humains au même niveau. Or, lui estime qu’il y a tout de même une différence. Il faut établir une hiérarchie » affirme-t-il. Il abordera enfin l’aspect fric en ayant pour conclusion:« La corrida ne rapporte pas d’argent !». Bon, voilà qui est dit !

Mais alors qu’est-ce qui peut donc bien faire courir les « aficionados» si la corrida est un truc sans importance et qui de surcroît ne rapporte pas d’argent !
Il y a décidément là une énigme que nous ne sommes pas près de résoudre !
A moins qu’ils ne mentent sur toute la ligne….. !
Lorsqu’ ils ressortent enfin de leur entracte ripailleur, ils se dirigent vers les arènes sous un ciel particulièrement menaçant.
Les premières gouttes commencent à tomber puis laissent soudain place à un soleil généreux qui leur permettra d’assister à toute la tuerie dans le plus grand confort !
Pour notre part, nous resterons jusqu’au soir où nous referons une haie de déshonneur silencieuse pour les « cueillir » à la sortie des arènes.
Entre temps, nous aurons pu assister à ces exhibitions sanglantes depuis les hauteurs d’un immeuble voisin. Inutile de dire que, vu d’en haut, tout ceci prend plus encore une dimension lamentable où il apparaît clairement que la corrida n’est rien d’autre qu’un abattage rituel avec d’un côté, le camion qui amène les animaux et, de l’autre, celui qui les réceptionne après qu’ils ont été occis dans l’arène de la façon que l’on sait.
Notre travail consiste à rendre caduque l’idée archaïque d’une stupide confrontation homme-animal permettant de démontrer  une prétendue «  supériorité de l’homme sur la bête » !

(Action du COGICA (Collectif Girondin Contre les Arènes- Pdt: J. Rossignol) avec le soutien du Comité FLAC Toulouse)

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« Le taureau souffre dans l’arène.
Et la conscience des hommes, quand souffrira-t-elle ?  »

Gérard CHAROLLOIS: Président de la Convention Vie et Nature pour une Ecologie Radicale
Face à la cruauté
Force est de constater que l’être humain a un passé parfois glorieux.
Mais force est de constater aussi que certains de ses comportements d’aujourd’hui ne valent guère mieux que ceux d’hier.
Raison pour laquelle nous devons dénoncer sans cesse ses agissements dont la perversion génère de graves dérives du type corrida.
Dénonçons sans relâche ce qui avilit l’individu. Alors ensemble, face à la cruauté réagissons et surtout agissons !
Ci-dessous un texte édifiant de Monsieur Gérard Charollois

« De tous temps, des humains ont éprouvé l’inquiétant besoin de répandre le sang, de mutiler des chairs, d’offrir des vies en sacrifice à leurs dieux assoiffés ou aux foules malsaines avides de combats, d’exécutions, de supplices. Avec les trop lents progrès de la sensibilités, qui sont les seuls vrais progrès avec celui des connaissances, les rituels sanguinaires, les sacrifices expiatoires, les rites autour de la mort et de la souffrance se réduisent au fur et à mesure des avancées de la conscience.
Ici et maintenant, la torture tauromachique représente la survivance de ces spectacles au cours desquels un être vivant sensible, éprouvant le principe du plaisir/déplaisir, est mis à mort à l’issue de sévices inouïs pour satisfaire un public d’amateurs. Après le verbiage fumeux sur la bravoure du taureau, sur la symbolique transcendante de la mort et de la vie, de l’ombre contre la lumière, les zélateurs de la mort spectacle inventent l’absence de souffrance de l’animal protégé de la douleur infinie des fers déchirant ses chairs par une mystérieuse hormone.
Biologiquement, les mammifères ne diffèrent guère et nous pourrions inviter ces farfelus à essayer de s’enfoncer des crochets dans le dos pour éprouver l’action de leurs propres hormones antidouleurs ! La férocité, la cruauté à l’état pur s’avoue dépourvue d’arguments pour justifier l’injustifiable.
Mais, il y a plus grave et plus évident : si le taureau ne souffrait pas, si son agonie n’était pas une torture, il n’y aurait pas de spectacle. La corrida ne saurait s’accommoder de remplacer l’animal souffrant par une puissante machine d’acier que l’homme téméraire viendrait affronter glorieusement. Non, ce sont justement cette souffrance, ce sang, cette agonie qui remuent les instincts de certains humains qui perpétuent ici une vieille passion de l’espèce : tuer. La corrida, la chasse, les jeux assimilés sont là pour nous avertir que l’homme a longtemps été un animal inquiétant qui conçut, pour les autres espèces, mais aussi si souvent pour ses semblables, des tourments insondables, des guerres, des génocides, des châtiments qui devraient nous rendre humbles face aux autres espèces ».

« Le taureau souffre dans l’arène.
Et la conscience des hommes, quand souffrira-t-elle ?  »
Gérard CHAROLLOIS: Président de la Convention Vie et Nature pour une Ecologie Radicale

La souffrance n'est pas un spectacle !
Par Morad El Hattab, écrivain, philosophe (*),
Faut-il interdire la corrida ?

En nous rendant aux arènes pour y voir torturer des animaux, nous perdons le sens de notre humanité et, selon le magnifique aphorisme de Victor Hugo, " torturer un taureau, pour le plaisir, pour l'amusement, c'est beaucoup plus que torturer un animal, c'est torturer une conscience ". Car il faut savoir que, soutenir la corrida ou simplement ne pas la condamner, c'est accepter que des enfants de dix à douze ans apprennent à torturer des veaux à l'arme blanche, c'est accepter que des fonds publics soient utilisés pour financer la barbarie organisée, c'est accepter que des chevaux soient éventrés lors de corridas équestres, c'est accepter que des taureaux subissent les pires sévices avant leur entrée dans l'arène (administration de laxatifs, enfermements prolongés dans des boxes étroits, coups de sacs dans le ventre, vaseline dans les yeux, essence de térébenthine sous les pattes) et qu'ils soient torturés à mort pendant vingt minutes, c'est accepter d'exalter les pires instincts d'un public sadique et voyeur…
Mais comment se fait-il que cette barbarie inouïe soit tolérée dans notre pays où plus de 80 % des citoyens sont contre ? Alors que les Français qui militent contre ce scandale sont victimes de censure, les médias officiels font une propagande inversement proportionnelle à l´opinion des citoyens. Jusqu´à quand ?
Pire, cette pratique inqualifiable est actuellement soutenue à l'Assemblée nationale par le groupe parlementaire Tauromachie alias Élevage et Tradition. Fort heureusement, Mme Muriel Marland-Militello, députée des Alpes-Maritimes, a déposé le 8 juin 2004 une proposition de loi visant à une modification de l'article 521-1 du Code pénal avec l'abrogation du fameux alinéa qui tolère les actes de cruauté et les sévices graves à animaux là où une " tradition locale ininterrompue " peut être invoquée…
Étrange tradition qui n'hésita pas à offrir à Bayonne, en 1942, une corrida aux troupes d'occupation où seuls des drapeaux nazis flottaient dans l'arène ! Comme l'énonce Gérard Charollois, magistrat de l'ordre judiciaire : " On ne réglemente pas la torture, on l'abolit ! " Alors si cette proposition, aujourd'hui soutenue par plus de 600 personnalités, est débattue à l'Assemblée, le jeu démocratique pourra alors peut-être rendre enfin la décision qui s'impose… soit l'abolition de la corrida.
La journaliste Françoise Giroud écrivit dans l'une de ses premières " Lettres " de l'Express : " Torturer est une intense satisfaction que s'accordent certains individus dans des situations données. Nous sommes dans une situation où quelques hommes peuvent en jouir au lieu d'être internés dans des hôpitaux psychiatriques. À vous de décider si vous acceptez d'identifier ce pays à ces hommes. " Alors, entre tradition pacifique et tradition meurtrière, je préfère celle du marcheur amoureux de la nature et du silence. J'aime à contempler cette image du maître-autel de la cathédrale Saint-Vincent, où le taureau, debout et fier, symbole hautement évangélique de même que l'homme, le lion et l'aigle, soutient la table d'une doctrine d'amour et de respect mutuel. L'humanité s'éveillera lorsque l'on préférera la parole plutôt que la violence, l'émerveillement et la gratitude devant la vie, et, mieux encore, l'amour de son prochain…même animal.

"On ne vous demande pas d'aimer les Animaux, mais foutez leur la paix !" REISER

(*) Lauréat du prix littéraire pour la paix et la tolérance.

Ce texte est paru dans l'Humanité du 15 septembre 2007

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