A
Monsieur José MONTILLA AGUILERA
Ministre du Tourisme
P° de la Castellana, 160,
28071 MADRID
Madame Carmen CALVO PYATO
Ministre de la Culture
Plaza del Rey, 1,
28071 MADRID
Monsieur Miguel Ángel MORATINOS CUYAUBÉ
Ministre des Affaires Extérieures
C. Francisco Sivela, 82,
Palacio de la Trinidad
28071 MADRID
Carcassonne, le 19 juin 2006
Madame la Ministre
Monsieur le Ministre
Depuis 3 ans se déroule à Carcassonne (France), pendant la dernière semaine du mois d'août, une Semaine espagnole. Elle n'a d'autres raisons d'exister que de fournir un environnement soi-disant hispanique aux corridas qui, depuis 3 ans, ont lieu dans notre ville qui n'en avait pas connues depuis 48 ans !
Avant la réapparition des corridas dans notre ville, jamais il n'avait été question d'une quelconque Semaine espagnole.
Est-ce qu'elle existe maintenant pour mieux connaître l'Espagne ? Non. Pour en promouvoir les atouts touristiques ? Non. Pour en découvrir la culture, passée ou présente, artistique ou intellectuelle ? Non. Pour aller à la rencontre de ses habitants ou de sa nature ? Non.
Il s'agit seulement de boire et de manger, de s'amuser, et d'inciter le public à aller aux corridas, présentées comme le spectacle fondateur et le passage obligé pour que ces distractions existent. La finalité unique et avouée est celle-ci : Pas de feria sans corrida, pas de corrida sans feria, et les deux en référence à l'Espagne.
Espagne = corrida = fiesta ou feria.
N'est-ce pas injuste et humiliant pour votre pays d'être systématiquement confondu avec cette seule pratique des corridas, et être ainsi rabaissé ?
Que devient l'Espagne riche d'Histoire, de monuments, d'architecture, de paysages, d'artistes, de savants, de penseurs, de sportifs, d'entrepreneurs ? Où est l'Espagne moderne et progressiste, devenant aujourd'hui un exemple d'accès à un humanisme à dimension européenne ?
Nous aimons l'Espagne qui a eu le courage et la dignité de se débarrasser peu à peu de mœurs issues d'idéologies fascisantes, dont les valeurs étaient celles de la corrida : " noblesse du combat ", " sublimation de la souffrance ", " esthétique de la domination ", " exaltation de la mort ", " pureté de la race ", " cérémonies symboliques ", " traditions nationales ", " mythes archaïques " et autres dangereuses et désespérantes sottises.
Notre souhait est que vous dénonciez cet amalgame auprès de M. le Maire de Carcassonne, en lui demandant de cesser de mêler le drapeau espagnol à la feria des taurins, de cesser de réduire votre pays par des amalgames suspects, et de cesser d'invoquer l'Espagne pour justifier les corridas, au nom d'une prétendue identité méditerranéenne commune.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de mes sentiments respectueux.
Denis Boulbès
Responsable du CCAC